🌎 Bilan Carbone de nos déplacements en voyage 🌎

Avant Propos sur cette série d'articles 

Avant tout commentaire, clarifions quelque chose : le meilleur moyen de diminuer ses émissions de voyage, c'est de ne pas partir à l'autre bout de la planète. C'est ce que nous avons privilégié les années précédentes, notamment avec le van (qui mériterait lui aussi un passage au bilan carbone soit dit en passant).

Maintenant la question est la suivante : quand on a décidé pour une raison - valable ou non (c'est une question de subjectivité : d'après beaucoup, l'urgence est trop importante pour encore prendre l'avion => l'article de Bon Pote sur le sujet) - de partir en voyage, comment cela influe-t-il sur le bilan carbone ?

La réponse peut sembler évidente mais partir longtemps c'est changer complètement de mode de vie, et donc de sources d'émissions. 

La source la plus flagrante c'est évidemment nos déplacements : par définition, voyager c'est se déplacer. 

Tableau de bord : Bilan Carbone des déplacements

J'ai donc voulu suivre nos émissions dans ce domaine et j'ai construit un tableau de bord pour les explorer et les détailler.

Les données d'émissions par modes de transport sont issues d'un jeu de données du sérieux site OurWorldInData. Certains modes, non présents dans cette liste, ont été extrapolés, et j'ai fait des calculs de coins de table pour les bateaux qu'on a pris après avoir cherché longuement sur internet "Small boat carbon emissions" et être tombé sur tout sauf les chiffres que je cherchais. Si vous voulez plus de détails vous pouvez consulter le fichier excel source du dashboard ici.

Bilan Carbone de Déplacements

Il y a une première page qui affiche le total par mode de transport, avec la liste des trajets (qui est le fichier source que je renseigne à la main...) et plusieurs fonctionnalités pour filtrer par mode, pour sélectionner certains trajets etc. Tout est interactif je vous laisse vous perdre dans les combinaisons de filtres... En cas de panique, vous avez un bouton pour réinitialiser les filtres en haut de la page. 

La conclusion saute aux yeux sur cette première page, le poids de l'avion dans ce bilan est colossal. 

Si on filtre par ce mode on obtient la page suivante :


10 000km parcourus, 1,5T d'équivalent C02 relâchés dans l'atmosphère pour chacun de nous deux. L'objectif à 2050 est de 2T par an pour les français si on veut rester sous la barre de 2°C de réchauffement. Ca répond assez brutalement à la question de la compatibilité de ce genre de voyage avec nos objectifs d'émissions. C'est bien pour cela d'ailleurs que nous étions si déterminés à faire la transatlantique en voilier, un mode de déplacement très proche du zéro émission. 

Je dis souvent en rigolant qu'on pourrait attribuer ces 3T d'émissions cumulées à notre skipper qui nous a plus ou moins plantés, mais ça ne fonctionne pas comme ça, malheureusement. 

Deuxième constat, encore plus accablant pour l'avion, d'après moi : lorsqu'on enlève le long courrier, on se rend compte que le simple vol Ténérife-Madrid représente plus d'émissions que l'ensemble de nos déplacements depuis près de 2 mois !



On a couvert 2 fois plus de distance en bus depuis et émis  3,6  fois moins ce faisant que ce vol court-courrier. Si on avait pris l'avion à la place du bus pour les trajets de plus de 200km (ce qui peut prendre entre 4 et 8h de bus en Colombie, donc pour ces trajets beaucoup de gens prennent l'avion), on aurait émis environ 300kg d'equivalent C02 en plus chacun.

Le bus est évidemment notre moyen de transport favori ici en Amérique Centrale. Il est peu cher, il y en a partout et ils sont souvent assez confortables. L'offre de train étant quasi inexistante, c'est le meilleur moyen pour couvrir des distances de quelques centaines de kilomètres. 

Je pense maintenant qu'il faudrait peut être amplifier les émissions pour les bus que l'on prend car beaucoup d'entre eux sont très vieux. D'un autre côté, beaucoup disent qu'on sous-estime énormément la pollution des avions, notamment en raison de la quantité de vapeur d'eau qu'ils créent (la vapeur d'eau est le principal gaz à effet de serre, sans lequel la température moyenne à la surface de la Terre serait d'environ -18°C - soit à peu près la température du coeur de nos dirigeants).  Bref tout ça pour dire qu'il y a de plus ou moins grosses approximations qui sont liées à des hypothèses qu'on doit assumer lorsqu'on modélise quoi que ce soit : "Tout les modèles sont faux, mais certains sont utiles" (Georges Box).


Conclusion : 

Maintenant qu'on a cramé 70% de notre budget carbone pour traverser l'Atlantique, les efforts sur les autres modes de déplacements semblent presque futiles une fois qu'on a en tête les ordres de grandeur. Seulement voilà, ce dont le monde à besoin, c'est d'une transition. Une transition c'est le passage d'un état à un autre. L'état actuel c'est une croissance de l'énergie consommée (pour alimenter la croissance du PIB) qui conduit à un trop plein d'émissions. Pour les adeptes du "découplage" qui est une théorie qui soutient qu'il est possible de faire une croitre le PIB sans émettre plus de C02, je vous invite à lire, écouter ou regarder Timothée Parrique, notamment cet article qui explique pourquoi la croissance verte est un leurre. L'état suivant est encore à définir correctement, mais ce serait dans l'idéal un état plus stable, en harmonie avec la nature et respectant les limites planétaires. Il y a de multiples routes pour passer de l'un à l'autre, et tout ne peut se faire en un jour. Il est indispensable de petit à petit inclure des automatismes vertueux dans nos mode de vies, préférer les transports en commun à un taxi (en dehors des considérations prix-confort) est un bon exemple. 

Dans les articles suivants, j'essaierai de modéliser les autres différences dans notre mode de vie de voyageurs: l'énergie du logement (chauffage/climatisation, consommation d'électricité), le fait de ne pas travailler, l'alimentation, la consommation de biens manufacturés. 



Commentaires

  1. Les copains, c'est vraiment super que vous kiffiez votre congé sabbatique tout en étant conscients de votre empreinte carbone et en essayant d'agir pour la diminuer au maximum!! Bravo 👏

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    1. Merci Aurore ! Je suis en pleine réflexion sur la suite, je me demande comment quantifier le fait qu'on ne travaille pas ! Ça a un impact c'est sûr, mais en général les émissions du travail sont attribuées a l'entreprise donc il y a un truc bizarre ..

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  2. Merci Luis pour cette étude de votre bilan carbone… pour y voir plus clair j’irai lire les articles que tu proposes… Merci de nous faire partager ce beau voyage… Flo

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