Prendre le bus pour Lisbonne - 🇵🇹 Portugal
Jeudi 17 novembre 2022
Luis
Départ 15h30 de Marseille, arrivée le lendemain à 18h30 le lendemain. Soit environ 9 fois le temps de vol en avion. Et pas forcément moins cher.
Présenté comme ça c'est à la limite du masochisme. Mais je viens de monter dans le bus et je suis simplement hyper excité. C'est le début de mon grand voyage avec Coti, et c'est un peu étrange de partir seul, mais lorsque j'ai appris que l'EVG de Louis se faisait à Lisbonne j'ai été bien embêté.
Ca revient a la genèse de ce voyage, on se rend en Colombie pour célébrer le mariage de Louis et Jackie, et on a décidé de faire de ça le point de départ d'une grande aventure.
Et comme nous avions rendez vous lundi a Tenerife pour préparer la transatlantique en voilier, la façon la plus rapide de faire aurait été de prendre non pas un mais deux avions en une semaine... J'ai préféré tourner ça en opportunité et j'ai commencé à regarder les alternatives :
- train : c'est hors de prix et impossible d'aller au delà de Madrid , il y a plus de trois changement et ça finit en bus.
- covoiturage : possible et assez rapide, mais pas forcément beaucoup moins polluant que l'avion
- bus: direct, 27h30.
Tout le monde qui nous connait le sait, nous sommes tous les deux de plus en plus engagés dans la lutte contre le changement climatique et le fait de prendre l'avion pour faire un aller retour à l'autre bout de la planète me semble aujourd'hui complément absurde. Mais d'un autre côté est ce que j'étais prêt à sécher le mariage d'un de mes meilleurs amis pour rester en phase avec mes convictions ? Non. Pas encore. Donc on s'est dit ok, on y va, mais on y va longtemps, et on fait tout ce qu'on peut pour diminuer l'empreinte du voyage.
On le sait, arrêter de prendre l'avion est une manière simple de réduire très rapidement notre empreinte carbone d'occidentaux aisés. Et là c'est un dilemme fort, un risque de dissonance cognitive important par rapport à tout ce qu'on a entrepris pour entamer notre transition écologique.
On a tous les deux fait notre bilan carbone base sur notre façon de vivre avant le départ et on est autour de 5,5tonnes pas an en considérant qu'on ne prend pas l'avion. C'est bien en dessous de la moyenne française, mais bien au dessus de l'objectif de 2t en 2050 qu'il faudrait atteindre pour limiter le réchauffement a 2°C. On est en dessous de la moyenne parce qu'on ne consomme pas de viande ni poisson, qu'on fait l'immense majorité de nos achats de seconde main, qu'on a installé chez nous un poêle à granulés. On reste assez haut car on se déplace beaucoup en voiture (la vie a la campagne nous impose) et surtout qu'on a fait beaucoup, beaucoup de kilomètres avec notre van aménagé cette année.
En partant voyager quelques mois, notre empreinte change complètement. On n'occupe plus d'appartement (même si on va quand même dormir quelque part pendant le voyage), on consomme encore moins, on n'utilise plus de véhicule personnel, et on ne travaille pas (donc on sort un peu du système productif). Mais on prend l'avion. Je n'ai pas fait le calcul exact, mais au total, je suis à peu près sûr que notre empreinte augmente. J'éprouve donc a titre personnel le besoin de faire des efforts supplémentaires pour continuer ma transition. On le sait très bien dans un monde où on reste sous la barre des +2°C, on ne prend pas l'avion sauf en cas d'extrême nécessité (cf Bon Pote). Mais comme toute transition, si on veut qu'elle soit durable, il est mieux d'éviter de la faire de façon trop brutale. Ce sont probablement nos derniers vols en avion avant longtemps et nous finirons par ne plus le prendre du tout.
Donc on a mis en place un maximum de choses pour compenser :
- Ca a commencé par le fait de traverser l'Atlantique en voilier. On va quand même devoir prendre l'avion car on part d'une île pour arriver sur un île et le temps manque, mais sur environ 2000km de moins. Aussi et surtout, on va vivre une aventure de dingue et apprendre à se déplacer en voilier, ce qui sera probablement très utile pour nos prochains voyages.
Au niveau des déplacements la règle qu'on se fixe est la suivante :
- on ne prend l'avion que quand il n'y a pas d'alternative nous permettant d'être au bon moment là où on veut.
Je viens de faire mon dernier jour de travail pour quelques mois, le temps devient d'un coup une ressource abondante. Aucune raison de se presser donc, et ces 27h de bus me donneront l'occasion d'organiser mes pensées, de me préparer au voyage et de compenser un peu des émissions des avions que je vais prendre par la suite. Je sais que beaucoup d'entre vous attendent mon retour sur ce trajet en espérant que je leur décrive l'enfer, mais pour l'instant tout va bien, c'est confortable et la nature est belle.

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